La Scala
13 Boulevard de Strasbourg
75010 Paris

Un message de Mélanie et Frédéric Biessy

#RestezPrudents

La Scala Paris suspend son vol

Chères amies, chers amis de la Scala,

Le 13 mars 2020, nous fermions les portes de la Scala Paris, laissant succéder aux voix, aux tintements des verres du restaurant, aux applaudissements de la grande salle, aux conversations joyeuses du hall et de la terrasse, le profond silence d’une nuit bleue mais hagarde.

Puis ont surgi le brouhaha de l’information, les affirmations contradictoires, l’hésitation des experts devant l’inconnu, la prise de parole des agitateurs dont la volonté semblait être « un retour urgent à la normale » …  Tout cela nous a paru illusoire.

Trop de salles de spectacle – la nôtre y compris – ont lancé sur leur site et sur les réseaux sociaux des animations, des journaux intimes, des quiz qui voulaient donner l’illusion que nos théâtres pouvaient s’engouffrer dans la Toile pour parvenir intacts sur vos écrans. Quand il a fallu voir la réalité en face, la violence de ce virus avec les drames qu’il a engendrés, et qu’il n’a pas fini d’engendrer, toutes nos actions, comparées à celles des équipes médicales, des chercheurs, des enseignants ou de ceux qui continuaient à travailler à risque nous ont semblé dérisoires. Les déboires de notre profession, bien que graves et accablants nous ont paru peu de choses en comparaison de l’attaque que tous subissaient.

Alors, nous avons demandé à l’équipe de La Scala Paris de suspendre son vol.  Nous avons préféré donner la parole au poète Fernando Pessoa :

Nous avons interrompu le flux de l’information permanente. Nous sommes rentrés en contact avec les artistes, comme nous l’avions fait avant le début des travaux de La Scala.

Nous avons dit à Alexis Michalik que son « Histoire d’amour » nous manquait. Nous lui avons demandé comment il allait, ce qu’il faisait de ses journées, s’il écrivait, s’il se reposait, s’il rêvait : « Un peu tout ça… », nous a-t-il répondu. Nous avons également pris des nouvelles de François Morel qui nous a dit que ce temps d’arrêt était pour lui douloureux, mais qu’il en profitait pour travailler sur son futur projet. Puis il a ajouté que la scène et le public lui manquaient. Qu’à cela ne tienne ! Nous lui avons proposé de venir répéter son prochain spectacle à La Scala : « Nous ne pouvons pas encore y accueillir du public mais notre maison bleue est la tienne, il faut l’occuper ». Il ne s’est pas fait prier.

Nous échangeons quotidiennement avec nos complices de la première heure : l’architecte de nos rêves et de La Scala Paris, Richard Peduzzi, qui dessine avant même de dire ce qu’il ressent. Il avait déjà pensé à la petite salle de La Scala avant que nous décidions de la construire, ce que nous sommes en train de faire ; et notre compositeur, Rodolphe Bruneau Boulmier, qui consacre la moitié de son temps à l’écriture et l’autre à échanger avec ses amis musiciens et interprètes. Nombreux sont ceux qui lui ont confié que ce temps retrouvé leur permettait de s’attaquer à des œuvres majeures qu’en temps normal ils n’auraient pas abordé. Tiens ! Ne ferions-nous pas de leurs recherches un pan de notre programmation ?

Voilà, chères amies, chers amis de la Scala, les dernières nouvelles que nous sommes en mesure de vous donner de notre théâtre, à qui vous manquez cruellement. Nous avons hâte de vous offrir les plus belles pages de notre future programmation, celles des artistes avec qui nous avons décidé de nous confronter à la page blanche.

Une fois nos projets élucidés, nous nous précipiterons vers vous pour vous les dévoiler.

Nous pensons à vous, à nous, à la vie.

Mélanie & Frédéric Biessy