Grande salle
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Strada Nuova

Ircam
Festival ManiFeste 2020
Festival ManiFeste 2020 - Ircam
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vendredi 4 septembre Grande salle

La Scala Paris reprend son vol ! Elle rouvre ses portes en recevant l’Ensemble intercontemporain dirigé par Matthias Pintscher pour un programme exceptionnel aux sonorités italiennes. Elle rouvre avec la même force, le même enthousiasme, les mêmes convictions que celles que nous avions dès notre ouverture, le 11 septembre 2018 :  vous entraîner vers les formes les plus audacieuses et les couleurs d’un nouveau monde, d’un nouvel horizon. Alors, aux armes, musiciens ! Que la fête commence !
Ce concert d’ouverture s’affirme tout à la fois vocal et italien, réunissant trois générations de compositeurs. Salvatore Sciarrino a inventé un parlando unique, maintes fois plagié, se servant de madrigalismes qui rappellent l’ère baroque. Son Quaderno di Strada (Carnet de route) avec la voix d’Otto Katzameier constitue un sommet dans l’œuvre abondante du compositeur sicilien : treize petits mouvements, autant de bribes d’idées surgies et abandonnées, de fragments, graffitis, projetés dans le silence. Dans Eufaunique, Stefano Gervasoni s’empare du sixième jour de la création, celui de la faune, pour creuser les aspects naturels et linguistiques de la musique et lui offrir une insigne rareté : le scherzando et l’alacrité rythmique. Quant à Marco Momi, il se penche sur l’umami (goût « savoureux » en japonais), l’une des cinq saveurs de base avec le sucré, l’acide, l’amer et le salé.
Concert diffusé en direct : manifeste.ircam.fr/youtube

Programme

Giulia Lorusso : Entr’ouvert (2016-2017 ; 11 mn), pour piano augmenté, commande Fondazione Spinola Banna per l’Arte, dispositif électronique SmartInstruments, réalisation informatique musicale : Mike Solomon
Marco MomiUMAMI (2016-2017, 2020 ; 20 mn), pour ensemble et électronique, commande Ensemble intercontemporain,  réalisation informatique musicale : Marco Momi et Marco Liuni, création 2020
Stefano GervasoniEufaunique (2003, 2020 ; 20 mn), commande Ensemble intercontemporain, création de la version complète
Salvatore Sciarrino : Quaderno di Strada (2003, 40 mn), douze chants et un proverbe pour baryton et instruments, commande Commissione dello Steirische Herbst per Klangforum Wien

Distribution

Otto Katzameier – Baryton
Dimitri Vassilakis – Piano
Ensemble intercontemporain
Matthias Pintscher – Direction
Mike Solomon (Ircam), Marco Momi, Marco Liuni  – Réalisation informatique musicale

Production

Coproduction Ircam-Centre Pompidou, Ensemble intercontemporain
Coréalisation Ircam-Centre Pompidou, La Scala Paris

 

Avec le soutien de

Galerie photo

Biographies des compositeurs

Stefano Gervasoni

Stefano Gervasoni étudie la composition au conservatoire de Milan avec Luca Lombardi, Niccolò Castiglioni et Azio Corghi. Ses rencontres avec Brian Ferneyhough, Peter Eötvös et Helmut Lachenmann, mais aussi Gérard Grisey et Heinz Holliger, seront déterminantes dans son parcours.
Pensionnaire de la Villa Médicis (1995-96), boursier du DAAD à Berlin 2006), « Serge Koussevitzky Music Foundation Award » (2018), il enseigne la composition au Conservatoire de Paris depuis 2006.
Philippe Albéra lui consacre un livre en 2015 : Stefano Gervasoni. Le parti pris des sons (Contrechamps).Plusieurs CD monographiques chez Winter & Winter sont consacrés à sa musique de chambre, pour ensemble instrumental et vocal. Trois nouveaux CD sortiront courant 2020 (chez Kairos, Naïve et Stradivarius).

A propos d’Eufaunique
« J’ai ajouté un deuxième volet à la version première d’Eufaunique, sixième journée de la Genèse que l’Ensemble intercontemporain m’avait commandée pour le projet collectif Genesis (créé en 2017). Il lui donne une tout autre signification. Le mythe de la cohabitation heureuse des hommes et des animaux, en passant de la légende fondatrice à son actualisation moderne, devient prémonition tragique de la fin.

Dans toute la Genèse, on assiste à un double processus de séparation et de raffinement : le créateur distingue au sein d’une matière chaotique des entités qu’il nomme, et qui nomment à leur tour d’autres entités. Ce geste de séparation garde pour moi une sorte de « nostalgie » de la fusion originelle, qui n’est jamais oubliée. Dans la journée qui me fut confiée pour le cycle Genesis, celle de la division des hommes et des animaux, les deux entités restent à la fois séparées et unies : il y a chez l’homme une part d’animalité, et chez les animaux, une composante humaine. Si l’on transpose cela en musique, la composante animale serait ce qui relève de la nature, l’acoustique, la partie humaine relevant des données linguistiques (organisées dans un système qui régit l’harmonie, la polyphonie, le rythme, etc.) par lesquelles on essaie de dompter cette matière : l’« homme qui nomme » cherche à décrypter les lois de l’univers sonore, à maîtriser et à paramétrer ses différents aspects pour s’en servir de façon expressive.
Telles étaient les réflexions en œuvre lors de la composition d’Eufaunique en 2016.
Dans la première partie de ma partition – celle qui correspond à la pièce pour Genesis –, les deux natures, animale et humaine, tout en se diversifiant, vivent en harmonie dans une sorte d’euphorie généreusement créatrice et vivement collective. D’où son caractère de Presto et le rôle obbligato confié au hautbois, instrument pastoral et sorte d’animal emblématique qui interagit avec les autres instruments (dont un en particulier, aussi emblématique, car il évoque la dimension féminine de l’humain, l’alto) en créant des groupes et en les unifiant dans de joyeux tuttis. Le titre Eufaunique unit dans un jeu de mots le monde de la « faune » et son état d’heureuse harmonie qu’en musique on qualifie d’ « euphonie » ; il fait référence sans ambiguïté aucune à cette situation paradisiaque.
Illusoirement paradisiaque. Dans la deuxième partie, qui a le caractère d’un Largo desolato, cette harmonie est perdue. La nostalgie se décline en termes d’agressivité, en tant que volonté dominatrice de se servir de ce et de ceux avec qui l’on était dans un état de merveilleux équilibre, et dans la tentative vaine de pouvoir reconquérir autrement l’unité originaire perdue. Par un acte de suprématie prédatrice. Le hautbois devient indiscutablement le soliste. Emblème du chasseur (oboe da caccia, hautbois de chasse), il n’est plus l’animal, ou l’homme (ou l’être anthropomorphe) qui dans la première partie était l’initiateur d’une énergie collectivement assumée et partagée ; ainsi l’effervescence dynamique de l’écosystème, productrice sans cesse visant au maintien de l’équilibre, devient-elle course folle derrière l’animal obligé maintenant à s’enfuir : poursuite d’une proie, danse sacrificielle, presto raboteux, traque et arrêt soudain apte à viser la victime. Les quelques fragments musicaux qui reviennent de la première partie sont distordus, vestiges désormais corrompus d’un passé devenu abyssal, énigmatique, indéchiffrable, déchets qui se confondent avec les déchets que le déséquilibre ne cesse de produire.
« L’homme qui nomme » devient dans ce cas l’homme qui ne peut plus accomplir de manière expressive la création sonore à l’instar du créateur légendaire: la matière devenue incompréhensible, dis-organique, est à collecter et à recombiner, mais non plus à maîtriser et à sublimer ; traces inertes, dépourvues de mémoire (de nostalgie) et d’élan vers l’avenir, d’un système arbitraire qui n’anime plus d’un souffle vital ses entités. Démiurge ou marionnettiste, l’homme qui domine ne sait plus nommer. »
Stefano Gervasoni
brahms.ircam.fr/Stefano-Gervasoni

Giulia Lorusso

Giulia Lorusso étudie la composition avec Alessandro Solbiati au  conservatoire de Milan où elle obtient sa licence en 2014. En 2015, elle suit le Cursus de composition et d’informatique musicale de l’Ircam et intègre le Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris pour un master dans la classe de Frédéric Durieux. Sa musique est jouée en Italie et à l’étranger par le Quartetto Prometeo, l’Ensemble Nikel, le Divertimento Ensemble, l’Orchestre Philharmonique de Bruxelles et les solistes de l’Ensemble intercontemporain. Elle s’intéresse au rapport entre interprète et instrument, corps et son, en relation à la notion de contact, et dans la perspective de l’intégration de dispositifs technologiques différents.

A propos d’Entr’ouvert
« Le piano est mon instrument : le premier que j’ai connu, celui avec lequel je me suis consacrée à la musique. J’ai avec lui un rapport intime, physique : j’en connais l’incroyable puissance sonore, la résonance aux harmonies si riches, qui, par sympathie, gagne toutes les cordes. Tout bien considéré, le répertoire que l’histoire lui a constitué sans relâche ne vient que dans un second temps – et il reste invariablement attaché, presque subordonné, à cette familiarité première, instinctive, à l’instrument, ainsi qu’à une écoute ouverte à toutes les musiques, par-delà les frontières stylistiques, géographiques ou temporelles.

C’est cette intimité avec le piano qui a dessiné les contours de l’écriture d’Entr’ouvert : j’ai composé comme en palpant, en façonnant sous mes doigts, au creux de mes paumes, la matière d’un certain répertoire pianistique ainsi que d’influences qui n’appartiennent pas nécessairement à la musique de tradition écrite. Le tout dans une perspective d’ouverture (reflété par le titre, Entr’ouvert) et d’assouplissement des frontières sémantiques. À l’opposé d’une action qui délimite et circonscrit, c’est la recherche d’une intégration et d’une synthèse des différentes expériences d’écoute du monde dans lequel je suis immergée et qui résonnent en moi.
On ne sera pas étonné, donc, de constater que le principe de la répétition est ici dominant : la répétition, associée à l’élaboration électronique, permet de créer des processus de déformation graduelle d’un matériau qui peut parfois être perçu comme « connoté », pour le métamorphoser, en estomper les contours, dans un jeu d’ambiguïté autour du reconnaissable/reconductible, afin de contredire la « connotation » sans la renier. Les concepts de trace et d’écart sont donc des préoccupations centrales dans le processus de composition d’Entr’ouvert. Par trace, j’entends le répertoire pianistique, traditionnel ou non. Quant à l’écart, il se réfère à la fonction de l’électronique qui est similaire à celle d’un projecteur de théâtre qui, en projetant des lumières complètement différentes sur un même objet, peut en révéler différentes facettes, jusqu’à en déformer la nature même. »
Giulia Lorusso (& J. S.)
brahms.ircam.fr/Giulia-Lorusso

Marco Momi

Marco Momi étudie le piano, la direction d’orchestre et la composition à Pérouse, La Haye, Rome, Strasbourg et Paris. De 2007 à 2010, il étudie et travaille à l’Ircam. Ses œuvres sont données dans de nombreux festivals parmi lesquels Musica Strasbourg, ManiFeste Paris, Présences, Warsaw Autumn, Gaida Vilnius, Wittener Tage für neue Kammermusik, Wiener Konzerthaus, Bang on a Can New York, par des ensembles et musiciens comme Ensemble intercontemporain, Nikel, Klangforum Wien, Trio Accanto, ASKO, mdi, Quartetto Prometeo, Matteo Cesari, Nicolas Hodges, Bas Wiegers, Marino Formenti. Ses œuvres sont publiées par Ricordi et des CDs monographiques sont sortis chez Stradivarius et KAIROS.

A propos de UMAMI
« La formation d’un goût personnel n’est pas dans l’agenda des priorités du sujet postmoderne
et, le cas échéant, ce qui compte réellement est que l’on arrive à s’en procurer un. »
Pierluigi Basso Fossali, 2008

« Umami, terme japonais généralement traduit par « savoureux », est l’une des cinq saveurs de base. Il n’a rejoint les quatre autres (le doux, le salé, l’acide et l’amer) qu’en 1985. C’est – peut-être – le plus difficile à cartographier, mais aussi celui qui infiltre en épaisseur ce qu’on avale et qui porte en lui le poids des mémoires de saveurs. L’électronique sur le plateau fait le lien entre les traces sonores et invite à explorer le temps du savourer : un acte intime et transitoire, incontestable et fort. Une recherche qui, bien que tournée vers ce qui n’appartient pas au monde du visible, fait appel à la multiplicité de nos perceptions et de nos sens pour s’ouvrir ensuite à la narration du voyage intérieur de la découverte. La culture du goût (comme processus de formation et défi au ressenti « ultérieur ») cache un potentiel subversif : elle nous apprend une écologie de la valeur qui résiste au marché quotidien des identités.»

Salvatore Sciarrino

Bien qu’affirmant sa filiation avec l’avant-garde, Salvatore Sciarrino se revendique dans une continuité historique. Son catalogue ne présente pas de rupture mais une évolution vers une « écologie » de l’écoute et du son. On parle dès ses débuts d’un « son Sciarrino ». Sa musique est intimiste, concentrée et raffinée, construite sur des principes de microvariations de structures sonores constituées de timbres recherchés et de souffles. Il organise ses œuvres comme on trace les lignes d’un dessin, estompe les sons, fusionne les couleurs, joue avec la lumière. La voix occupe une place majeure dans son œuvre, avec des expériences sur l’émission vocale ou, plus récemment, une écriture centrée sur une continuité mélodique liée à la psychologie des personnages.

A propos de Quaderno di Strada (Carnet de route)
« Le but d’un carnet de route, c’est aussi sa finalité : qu’il soit couvert de mots et de signes. En d’autres termes : une fois le monde dévoilé, ayant choisi d’en conserver une part infime pour soi, le carnet peut être refermé et mis de côté.
[…]
Compagnon de chaque jour, le carnet s’intègre à la métaphore du voyage. Mais croire que cette métaphore nous suit en tout lieu, voilà qui nous induirait en erreur ; il se pourrait au contraire que nous soyons, nous, son ombre. »
Salvatore Sciarrino
brahms.ircam.fr/Salvatore-Sciarrino

Biographies des interprètes

Otto Katzameier – baryton

Né à Munich, Otto Katzameier étudie la flûte et le chant au conservatoire Richard Strauss de sa ville natale, auprès de Hans Hotter, et en Bulgarie. Il se consacre au récital, notamment aux œuvres de Schubert et Mahler, à l’oratorio et à l’opéra (Berio, Henze, Mozart, Rossini et Sciarrino), et se produit avec Michael Pletnev, Ivo Pogorelich, le Dresdner Kreuzchor ou l’Orchestre Philharmonique de Munich. Il est membre du Théâtre de Lucerne depuis 1999.
ottokatzameier.de

Dimitri Vassilakis pianiste

Dimitri Vassilakis fait ses études musicales à Athènes puis au Conservatoire de Paris. Il étudie également avec Monique Deschaussées et György Sebök. Depuis 1992, il est soliste à l’Ensemble intercontemporain. Il collabore avec des compositeurs tels que Iannis Xenakis, Luciano Berio, Karlheinz Stockhausen et György Kurtàg. Sa discographie comprend, entre autres, les Variations Goldberg et des extraits du Clavier bien tempéré de Bach (sous le label Quantum), des études de György Ligeti et Fabiàn Panisello (paru chez Neos) et la première intégrale des œuvres pour piano de Boulez (Cybele). Son enregistrement d’Incises (dont il a assuré la création mondiale) figure dans le coffret des œuvres complètes de Boulez paru chez DGG.
ensembleintercontemporain.com

Ensemble intercontemporain

Créé par Pierre Boulez en 1976, l’Ensemble intercontemporain réunit 31 solistes partageant une même passion pour la musique du XXe siècle à aujourd’hui. Constitués en groupe permanent, ils participent, sous la direction musicale de Matthias Pintscher, aux missions de diffusion, de transmission et de création fixées dans les statuts de l’Ensemble. En résidence à la Philharmonie de Paris, l’Ensemble se produit en France et à l’étranger où il est invité par de grands festivals internationaux. Financé par le ministère de la Culture, l’Ensemble reçoit également le soutien de la Ville de Paris.
ensembleintercontemporain.com

Matthias Pintscher (né en 1971)

« Ma réflexion de chef d’orchestre est enrichie par mon propre processus d’écriture et vice-versa. » Après une formation musicale (piano, violon, percussion), Matthias Pintscher débute ses études de direction d’orchestre avec Peter Eötvös ; âgé d’une vingtaine d’années, il s’oriente d’abord vers la composition avant de trouver un équilibre entre ces deux activités, qu’il juge totalement complémentaires. Auteur d’œuvres majeures pour les meilleurs orchestres, son regard de compositeur sur la partition nourrit en retour son expérience d’interprète. Rapidement remarqué pour son interprétation de la musique contemporaine, il développe également une affinité pour le répertoire de la fin du XIXe et du XXe siècle.
brahms.ircam.fr/Matthias-Pintscher

Mike Solomon réalisation informatique musicale Ircam

Mike Solomon est informaticien, chanteur, compositeur et directeur d’ensemble. Diplômé à l’université de Stanford en 2005, il a obtenu son master à la Queen’s University Belfast et un doctorat ès mathématiques et en musique à l’université de Floride. Directeur de Jongla Sound Labs depuis 2015, il travaille également à l’Ircam (Paris) en tant que réalisateur en informatique musicale. Il est directeur artistique de l’ensemble 101 (Nice) depuis 2011.
www.ensemble101.fr

Marco Liuni – réalisation informatique musicale Ircam

Chercheur et réalisateur en informatique musicale, mes activités se concentrent dans les domaines des mathématiques appliquées et l’informatique pour le traitement du signal audio. Ma thèse (Ircam/université de Florence) porte sur les algorithmes automatiques et adaptatifs pour l’analyse et la synthèse audio, lorsque mon post-doc en cours s’oriente vers les applications du traitement audio pour les neurosciences cognitives (projet CREAM, équipe Perception et Design sonores). Depuis 2016, je travaille également avec les compositeurs du Cursus de l’Ircam en tant que réalisateur en informatique musicale chargé de l’enseignement (RIMce, département Pédagogie et Action culturelle). Mes projets personnels et mes différentes collaborations se concentrent sur la musique électronique, électroacoustique et mixte (instruments et électronique), ainsi que le développement d’applications audio temps réel pour la performance et les installations multimédia interactives.