La Scala
13 Boulevard de Strasbourg
75010 Paris
  • Théâtre

BUG

Tracy Letts
Emmanuel Daumas
  • [Théâtre]

Dates

mercredi 25 mars
jeudi 26 mars
vendredi 27 mars
samedi 28 mars
dimanche 29 mars
mardi 31 mars
mercredi 1 avril
jeudi 2 avril
vendredi 3 avril
samedi 4 avril
dimanche 5 avril

« S’envoyer en l’air, c’est une chose… mais se réveiller découpée en morceaux, c’en est une autre. »

Audrey Fleurot incarne Agnès,  danseuse dans un club de strip-tease miteux. Son amie lesbienne, lui présente Peter, un type fascinant dont elle tombe follement amoureuse. Agnès et Peter décident de vivre leur passion dans un motel perdu au fin fond de l’Oklahoma. Mais cet homme mystérieux est-il le sauveur qu’elle attendait ou un dangereux pervers ?

Une passion dévastatrice

Agnès a peur.
Son ex-mari, Jerry, sort de prison et visiblement il est violent. Son fils a mystérieusement disparu. Elle vit seule dans un motel près d’Oklahoma City et danse pour les hommes dans un bar de nuit.
Un jour débarque Peter, vétéran de la Guerre du Golfe. Et ça colle entre eux. Ils s’accrochent l’un à l’autre. Ils font l’amour. Sentent qu’ils peuvent se faire du bien. Se protéger. Mais se protéger de quoi ??
Peter a peur aussi.
Peur de tout. Une invasion d’insectes, un complot plus grand, plus global, une manipulation planétaire ? La tension monte. Les révélations se font petit à petit. La guerre en Irak. Des tests faits sur les soldats. Des insectes inoculés dans les corps. Une immense machination qui reposait sur la rencontre d’Agnès et Peter pour que les puissants prennent le plein contrôle de l’humanité.
La paranoïa est totale. Schizophrénie, manipulation, théorie du complot ou réel complot ?
La seule certitude est que Peter et Agnès se sont trouvés. Une passion amoureuse dévastatrice. Plus rien ne peut les arrêter. Ils ne font plus qu’un, face à l’hostilité extérieure, face à la menace. Ils iront jusqu’au bout.
Ensemble.
Tracy Letts écrit un texte totalement moderne, dans l’air du temps, un thriller psychologique sur une héroïne aveuglée par son désir (de vivre), et qui pari sur un homme qui sera son ange gardien ou son bourreau. Iil tisse en même temps une traversée de l’histoire et convoquent les héroïnes tragiques qui brûlent tout par passion quitte à se retrouver les mains dans le sang. On est certes dans un motel américain, mais Clytemnestre, Médée et Phèdre ne sont pas loin. Et depuis la tragédie grecque, on sait que le théâtre est là pour nous faire trembler en regardant des belles amoureuses se perdre. Et que de la terreur naît le plaisir. Que le grotesque et le rire sont intimement mêlés à la peur et surtout à la folie de l’amour.
Audrey est une actrice qui n’a pas de barrières et qui depuis toujours traverse tous les genres. Du cirque au théâtre, de la série policière au grande comédie populaire. Il me plaît infiniment de l’imaginer dans ce projet un peu étrange.

Distribution

texte Tracy Letts
mise en scène Emmanuel Daumas

avec Audrey Fleurot, Thibaut Evrard, Anne Suarez, Igor Skreblin, Emmanuel Daumas

traduction Clément Ribes
lumières Bruno Marsol
scénographie et costumes Katrijn Baeten, Saskia Louwaard
création musicale Gérald Kurdian
production originale off-Broadway Scott Morfee, Amy Danis, Mark Johannes

Production

Les Petites Heures – La Scala-Paris, La Petite Compagnie des Feuillants

coproduction

Le Parvis – Scène nationale de Tarbes, Célestins – Théâtre de Lyon, Les Sablons – Théâtre de Neuilly-sur-Seine, Théâtre du Jeu de Paume / Aix en Provence

 

Partenariat

Galerie photo

Note d'intention

Deux contre le monde

par Emmanuel Daumas

Nous avons fait beaucoup de spectacles avec Audrey Fleurot, après l’école. On a joué ensemble cinq fois sous la direction de Laurent Pelly. Je l’ai mise en scène dans L’Échange de Claudel au Festival des Nuits de Fourvière, puis dans un car qui déambulait dans les usines et les centres commerciaux de la banlieue grenobloise pour dire du Cornélius Castoriadis.
Quand on a vu Bug, le film de William Friedkin au cinéma, on a eu un coup de foudre. Pour le film lui-même évidemment mais aussi pour le texte de Tracy Letts dont il est adapté. A la fois pour ses thèmes. Cette société du spectacle qui se nourrit de la peur croissante du complot et rend la vie impossible. Et puis cette métaphore de la passion amoureuse. Où l’on peut se rassurer en se mettant en danger. Où le corps de l’autre devient un champ de bataille que l’on veut pénétrer, dévasté pour le comprendre. Pour y chercher des raisons de l’obsession qu’il nous inspire, pour y trouver des réponses. Bon ici, on y cherche des larves d’insectes, ok ! C’est un peu anxiogène. Mais les plaies sont les mêmes. « A la fois une joie et une souffrance. » C’est ça qui nous a fascinés.
L’art du suspens de Tracy Letts, son génie de la montée en tension et cette intimité qu’il tisse entre la fiction et l’inconscient du spectateur.
Que ce soit les théories complotistes et la guerre généralisée et incompréhensible ; la perte de soi dans la passion ; de son esprit comme de l’intégrité de son corps. La proximité et l’irréversibilité du carnage à la fois intime et mondial. La tentation de la destruction. Et la peur… de perdre, la peur des mensonges. Et des insectes. La peur des bugs…
Peter dit à Agnès qu’il sent des choses et que l’on peut voir ce qui est caché dans les images, les gens, si « on fait très attention »… A partir de ce moment, le thème de la pièce est donné, l’amour sera : voir ce qu’on ne voit pas ; sentir ce qui nous échappe, entendre et croire ce que l’autre entend, se perdre, ou, vivre en tous cas, une expérience à deux. Être deux contre le monde.
On ne saura jamais si c’est une histoire de schizophrénie paranoïaque ou d’un complot de science-fiction. En revanche, ce qui est passionnant c’est de plonger les spectateurs dans un monde d’illusions. Des trompe l’œil, des hallucinations auditives des images de terreurs inconscientes sans qu’elles soient vraiment clairement identifiables, voilà la base du travail de mise en scène que je voudrais développer sur Bug.
« On ne voit pas avec les yeux, on n’entend pas avec les oreilles », écrivait Oscar Wilde. Encore moins dans une histoire d’amour.
« C’est le flacon d’éther qu’on vous fourre sous le nez », dit Ysé dans Le Partage de midi de Claudel, à propos de l’état amoureux.
Il faudrait recréer ce dérèglement des sens. Ne plus être vraiment sûr de ce que l’on voit. Créer des illusions d’optique avec des miroirs, de la vidéo, des transparences, des matières qui évoluent, qui fondent, coulent, se décollent, réagissent à l’humidité.
Le travail sur la matière est important. Matthew Barney est une grande source d’inspiration. Il y a des matières, des couleurs qui peuvent directement parler à nos terreurs inconscientes.
Il est important également d’éviter l’écueil du réalisme social qui sous-tend souvent le théâtre américain. Les personnages sont plus incongrus que ceux que l’on peut voir dans les séries télé. Audrey Fleurot et Anne Suarez ont des physiques extrêmement graphiques, sexy, glamour. Leur costume peut être le même, créant du trouble visuel. On peut imaginer qu’elles sont danseuse de pole dance ou de spectacles érotiques plus ou moins sophistiqués, ou fétichistes.
L’espace de la chambre aussi peut devenir plus cauchemardesque petit à petit. Il faut réussir à créer du suspens. Donc inventer ce que l’on doit cacher ou montrer. Il faut l’expérimenter en répétitions. Le théâtre et la peur représentent un domaine assez inconnu pour moi. Je pressens qu’il faut beaucoup cacher, dévoiler avec parcimonie et créer de l’attente. Mais que montrer et que cacher ?…
Il est beaucoup question de théâtre dans cette histoire d’amour où l’on se raconte des histoires à dormir debout. Les personnages pourront aussi, comme des acteurs d’un spectacle où l’on dévoile les ficelles, échafauder à vue les images terrifiantes. Il faut sans doute voir la préparation de la fausse dent que l’on arrache et du sang qui coule pour qu’au moment où l’incarnation et le cri interviennent, la joie de l’illusion soit plus forte que le dégout. Et l’intention du plaisir pris à se faire peur, plus évidente.
Enfin, pour accompagner cette histoire, j’ai demandé à Gérald Kurdian, de réfléchir à une composition musicale très présente. Assez manipulatrice, créant de l’angoisse où de l’euphorie, pas nécessairement aux endroits logiques. Une amplification des bruits (climatisation, insectes, hélicoptères, sirènes, …) et un traitement des voix, avec une diffusion sophistiquée pourront aussi créer, je l’espère, du mystère. Comme il existe des trompe-l’œil, il faudrait inventer des trompe-l’oreille. Par le son et la musique, on pourrait rendre audible/visible les allers-retours entre la réalité et le fantasme, entrée le réel et le théâtre, le concret et l’imaginaire, le conscient et l’inconscient, la folie et la science-fiction. L’impression d’être embarqué dans un délire délicieux, qui nous rend l’Amour à la folie passionnant, moite et dangereux. On ne sait plus ce que l’on voit. On ne sait plus ce que l’on entend.