L’histoire de la Scala

Construit en 1873, Le Concert de La Scala fut l’un des plus célèbres cafés-concerts de la Belle Epoque. Converti en splendide cinéma Art déco en 1936, La Scala devient en 1977 le premier multiplexe de la capitale dédié aux films… pornographiques. Fermée depuis 1999, La Scala retrouve enfin son lustre.

Le Concert de La Scala est construit en1873 dans un quartier qui est alors le coeur économique de Paris, aux premiers rangs sur la scène mondiale.
Inspirée de la Scala de Milan, cette salle à l’italienne compte 1 400 places et devient rapidement le café-concert le plus élégant de la capitale et le lieu de consécration des plus grands interprètes. La programmation alterne les revues populaires bien dans l’esprit de la Belle Epoque dont les titres disent l’ambition – « Paris fin de sexe », « A nous les femmes », « La Tournée des Grands-Ducs » – et les tours de chant des plus grandes stars comme Paulus, Eloi Ouvrard, Yvette Guilbert, Polin, Félix Mayol, Fréhel, Mistinguett, Georgius, Dranem et Damia, qui lui valent une réputation internationale.

Devenue un splendide cinéma Art déco de 1 200 fauteuils en 1936, La Scala présente en exclusivité les meilleurs films pendant trois décennies, comme ceux de Jacques Tati, de Luis Buñuel ou de Jean-Luc Godard.

En 1977, elle devient le premier multiplexe pornographique de la capitale : 5 écrans, 800 fauteuils…

Elle est fermée depuis 1999, année où elle est rachetée par l’Eglise universelle du royaume de Dieu, importante église baptiste brésilienne. Mais celle-ci échouera à transformer le lieu en temple grâce à l’action coalisée des artistes, de Bertrand Delanoë et de la Mairie de Paris.

En ruine, elle est rachetée en février 2016 par Mélanie et Frédéric Biessy qui décident de la reconstruire pour inventer un théâtre d’art privé au service de la création.

La folle histoire de La Scala dans un beau livre aux Editions Actes Sud

Parce qu’il fallait raconter la folle histoire de La Scala, Mélanie et Frédéric Biessy ont confié à Olivier Schmitt l’écriture d’un beau livre, L’Intégrale des ombres, La Scala Paris, édité par Actes Sud.

Le livre réunit plus de soixante-dix documents iconographiques inédits conservés à la Bibliothèque nationale de France et au Centre national du graphisme de Chaumont, qui viennent illustrer les grandes heures comme les heures sombres de la Scala ainsi que son inscription dans un quartier et dans une ville qui n’ont cessé d’évoluer.

Du Second Empire à nos jours, ce n’est pas seulement un livre d’histoire(s) mais le roman à rebondissements d’une salle singulière aux multiples avatars qui n’a jamais cessé de compter dans le paysage culturel français. C’est aussi le récit, de 2016 à 2018, de l’invention de La Scala Paris, de son projet architectural et de ses ambitions artistiques.

Ce livre est en vente sur place et en librairie

1873 : Le plus élégant café-concert de Paris

Le Concert de La Scala est construit en 1873 à l’emplacement du très populaire café chantant du Cheval-Blanc par la veuve d’un riche industriel du Nord déjà propriétaire du Bal de l’Elysée-Montmartre, Marie-Reine Roisin. Le quartier Strasbourg-Saint Denis est alors le poumon économique de Paris et l’une des principales places économiques du monde.

Le théâtre doit son nom à l’admiration de cette femme entrepreneuse pour la Scala de Milan. À son ouverture, cette salle à l’italienne compte 1 400 places et se distingue des théâtres existants par sa coupole de verre qui, à quelque 30 mètres en surplomb du parterre, laisse apercevoir le ciel et s’ouvre par un ingénieux mécanisme de roulement. Cette singularité lui vaut son surnom de « théâtre à ciel ouvert ».

La Scala devient rapidement le café-concert le plus élégant du centre de la capitale et le lieu de consécration des plus grands interprètes. La programmation alterne les revues populaires, comme l’incroyable « Paris fin de sexe », en 1995, parfaite traduction scénique de l’esprit de la Belle Epoque, et les tours de chant des plus grandes stars – on les appelle alors « super vedettes » – comme Paulus, Eloi Ouvrard, Yvette Guilbert, Polin, Félix Mayol, Fréhel, Mistinguett, Georgius, et, dans l’entre-deux-guerres, Dranem et Damia. La qualité des artistes de La Scala lui vaut une réputation internationale. Marcel Proust, séduit par les talents de Félix Mayol, donnera dans sa correspondance avec Reynaldo Hahn, ses lettres de noblesse à ce temple de la « chansonnette ».

1936 : Un splendide cinéma Art déco

En 1936, après plus d’un an de travaux, La Scala tourne la page du café-concert pour devenir un cinéma Art déco de 1 200 places. Sa transformation est confiée à l’un des meilleurs architectes du moment, Maurice Gridaine, qui a construit le cinéma Le Balzac dans le quartier des Champs-Elysées et construira bientôt le premier Palais des festivals, aujourd’hui disparu, sur La Croisette à Cannes. Il supprime la célèbre coupole ; les trois balcons à l’italienne sont remplacés par un balcon autoportant en béton armé, alors une prouesse.

Dans l’immédiat après-guerre, le cinéma appartiendra à la combinaison Balzac (Champs-Elysées) – Helder (Opéra) – Scala (Boulevards) – Vivienne (Bourse) qui deviendra l’un des « Je me souviens » de Georges Perec dans son livre paru en 1978. On y projette le meilleur du cinéma français (Tati, Godard, Buñuel…) et étranger.

1977 : Le premier mutliplexe pornographique de Paris

De la fin des années 1960 au milieu des années 1970, le quartier entourant La Scala ne cesse de se dégrader.
Les milieux d’affaires se concentrent alors dans l’ouest de la capitale et bientôt à La Défense. Le 10e arrondissement périclite lentement mais sûrement. Les cinémas disparaissent pour la plupart à l’exception de quelques salles qui projettent des westerns, des films de kung-fu et les premiers films érotiques.

La Scala cède à ce mouvement inexorable. En 1977, le président de la République, Valery Giscard d’Estaing, et son ministre de la culture, Michel Guy, décident d’autoriser l’exploitation des films pornographiques en les surtaxant. La Scala s’engouffre dans cette brèche libérale et subit de nouvelles transformations pour devenir le premier multiplexe de Paris – 5 salles, 800 fauteuils – où sont projetés ces films qui connaissent alors un succès certain.

Avec la popularisation de la cassette VHS au début des années 1980, la fréquentation des cinémas pornos s’effondre bientôt. La Scala restera pourtant ouverte jusqu’en 1999, devenant un lieu de drague, de drogue et de prostitution.

1999-2018 : De l’Eglise universelle du royaume de Dieu à La Scala Paris

En 1999, La Scala est mise en vente. Un producteur de cinéma, Maurice Tinchant, fin connaisseur du passé du lieu, veut le transformer en cinéma d’art et d’essai. Son offre d’achat est cependant supplantée par celle du représentant en France de l’Eglise universelle du royaume de Dieu, l’une des plus importantes églises baptistes brésiliennes qui veut faire de La Scala son premier temple en France.

Maurice Tinchant mobilise aussitôt les professions du cinéma et les responsables politiques pour empêcher ce projet. Après de longues années de conflit, le Maire de Paris, Bertrand Delanoë, décide de classer non pas les murs du cinéma, alors en ruine, mais la destination du lieu : La Scala doit rester un lieu de culture et rien d’autre.

L’église décide donc en 2006 de la remettre en vente mais, pendant le conflit, un voisin a obtenu les autorisations nécessaires pour agrandir son loft sur… l’issue de secours du cinéma. Les commissions de sécurité déclarent alors que le lieu ne peut accueillir que 300 personnes et n’a donc plus aucune chance d’être rentable pour un investisseur culturel.

Il faudra attendre février 2016 pour que La Scala se donne au couple Mélanie et Frédéric Biessy qui trouveront enfin une solution à ce casse-tête de l’issue de secours. Du coup, la nouvelle Scala peut accueillir 900 personnes environ dans ses murs neufs et revenir enfin à la vie.